Les assurances

Ajouté le August 20th, 2007 dans La Compagnie par Marc Bourbonnais

Je croyais qu’il serait difficile d’expliquer le fonctionnement typique de notre industrie aux investisseurs, banquiers et autres partenaires financiers. Je peux comprendre que ce soit ardu de concevoir la zone grise d’un service aux procédés créatifs aussi techniques que le nôtre. Quand un projet va bien, ça ressemble à :

  1. Vous avez nouvelle d’une idée de pub télé ou d’un film à effets visuels;
  2. Vous soumissionnez un projet avec des solutions, designs initiaux, calendrier de travail et un prix;
  3. Le projet est accepté;
  4. Vous êtes payé alors que certains, sinon tous les aspects du projet sont modifiés;
  5. Vous ajustez vos solutions, designs, calendrier de travail et le prix;
  6. Vous travaillez jusqu’à ce qu’un producteur quelque part dise que c’est assez – en attendant, retournez à 4.

A ma grande surprise, les gens du monde financier acceptent ce quasi-procédé. C’est leur travail de prendre des risques et ils sont habituellement prêts à prendre des risques avec des professionnels respectables. Ils ont aussi des ressources dans toutes les industries; ils sont bien entourés pour confirmer vos affirmations. C’est donc généralement bien reçu.

 Et puis vous cherchez une assurance pour votre studio. Évidemment, c’est obligatoire.

 Je croyais qu’il fallait simplement magasiner, remplir des formulaires pour recevoir des propositions et choisir la moins chère. Mais les assureurs deviennent nerveux très rapidement. Lorsque vous mentionnez du contenu créatif, des ordinateurs de très haute gamme qui se font changer à tous les deux ans, de vidéoconférences quotidiennes par Internet, de transfert d’un tas d’images film par FTP, de sauvegarde incrémentale automatisée à 4 heures du matin… Les grandes corporations d’assurances se retirent immédiatement.

 Par chance vous pouvez trouver des maisons spécialisées qui font affaires avec le monde des médias et du film. Ils ont au moins des connaissances dans les procédés cinématographiques. C’est ce que nous avons finalement trouvé, après quelques recherches. C’est donc mon petit conseil, après un long texte.



Bonnes, bonnes soumissions.

Ajouté le July 18th, 2007 dans La Compagnie, Travail numérique par Marc Bourbonnais

Vous vous souvenez de cette soumission que nous avons présentée à une maison de production en Europe? Elle a été acceptée. Les clients ont bien apprécié nos estimés, notre présentation, notre philosophie d’entreprise et bien sûr notre prix. Est-ce que cela veut dire que nous avons un contrat et qu’il faut acheter des ordinateurs et engager des employés? Disons… presque.

 Les clients sont bien contents de notre proposition, mais ils doivent à leur tour faire accepter leur production complète à l’agence de publicité. Donc, on attend. Il y a tout de même deux excellentes nouvelles. Premièrement, nous sommes maintenant sur la bonne liste des fournisseurs potentiels pour cette compagnie; d’ailleurs, ils viennent de nous fournir un autre projet à évaluer. Deuxièmement, nous pouvons utiliser cette soumission pour démontrer à nos créanciers que nous savons de quoi nous parlons. Question de nous laisser respirer un peu.

 Obtenir un contrat est évidemment une bonne chose. Mais compléter un bon « pitch » est tout aussi valorisant. Il est important de développer une méthode efficace pour évaluer les prospects rapidement et présenter des propositions intéressantes.



Étape I

Ajouté le July 16th, 2007 dans Entrepreneurship, CG Community, La Compagnie par Marc Bourbonnais

Maintenant que ce blogue est apparu sur xsibase.com et que le trafic a augmenté de 800%, (heu, bonjour à tous) je peux peut-être prendre un peu de recul et faire le point sur notre démarrage.

  • Nous sommes trois partenaires. Il y a Vincent Toussaint, moi-même et un 3e partenaire qui sera annoncé très bientôt, probablement ce week-end. Nous avons tous plus de 10 ans d’expérience dans le domaine des effets numériques et nous nous connaissons depuis très longtemps. Nos forces et notre expérience sont bien différentes et plus important, très complémentaires.
  • Le plan d’affaires a nécessité plus de 4 mois de rédaction. Les réécritures sont courantes lors des dernières étapes de financement, lorsque les investisseurs potentiels font leur apparition à quelques jours d’intervalles. Une chance que nous sommes habitués aux multiples versions dans cette industrie!
  • Deux contrats potentiels sont toujours sur la table, avec d’autres possiblement bientôt. Nous avons un bureau d’avocats, un bureau d’experts-comptables, quelques prêts gouvernementaux et tout juste assez de soutien de la part des banques. Nous sommes en négociation pour un bail commercial à long terme pour une énorme superficie. Oui, incorporer le nom de la compagnie prend beaucoup de temps, mais dans quelques jours nous serons officiellement en affaires.

Quelques astuces que j’ai apprises sur le tas :

  • Dès que vous recevez une forme de reconnaissance (habituellement une subvention ou un prêt gouvernemental) les choses vont vites. Plus de gens s’intéressent à votre projet parce que quelqu’un, quelque part a considéré votre idée.
  • Il vous faut absolument un soutien professionnel de qualité (avocats, comptables, gestionnaires) pour calmer les banques et les investisseurs. Il vous faudra magasiner pour des gens que vous allez payer 200$ l’heure. Faites en sorte qu’ils vous offrent le cappuccino lors de votre première rencontre.
  • Les gens sont bien contents de discuter avec des entrepreneurs qui ne viennent pas du monde des affaires. Si vous pouvez parler de votre travail avec des étincelles dans les yeux, c’est dans le sac. A tout coup.
  • Visibilité, réseaux, contacts. Criez votre projet dans les rues. Rédigez un blogue! Les gens vont éventuellement s’intéresser à votre projet, mais encore faut-il qu’ils en prennent connaissance.
  • Soyez patients, Soyez optimistes. Vous êtes aux commandes et vous devez emmener des gens avec vous. Au-dessus de tout, ne perdez pas de vue votre but. C’est un très long périple, et vous ne pouvez pas manquer de souffle ne serait-ce qu’un instant.


Petite anatomie d’une soumission en effets numériques

Ajouté le July 6th, 2007 dans Travail numérique, Technical par Marc Bourbonnais

On peut simplifier une soumission dans le domaine des VFX en trois parties :

  • Intention : Une lettre d’intention va préparer le terrain de votre présentation. Est-ce que le travail à faire est de nature plus technique ou complètement du contenu créatif? Est-ce que certaines expériences précédentes ressemblent à ce qui est proposé? Que pouvez-vous mentionner sur vos employés et votre équipement? Quel aspect de votre client potentiel se marie bien avec votre entreprise?
  • Analyse : Élaboration des principaux aspects du travail à faire. Il est bon de mentionner les difficultés à surmonter en proposant bien sûr des solutions efficaces. Il faut aussi souligner les items qui ne sont pas présents dans l’estimé de temps : rencontres, approbations, échanges de données et d’images, coûts externes…
  • Estimé : Chiffres, heures, argent. C’est ici qu’on prouve si on connaît notre métier. Il est important de bien chiffrer les estimés, car les chiffres seront constamment ajustés pour accommoder les changements de budgets et les délais. Des chiffres trop élevés ou trop bas seront immédiatement contestés par les clients expérimentés. Présentez un budget trop élevé et les clients iront voir ailleurs; trop bas et on vous mentionnera que vous « n’avez pas bien compris l’ampleur du travail »

Avec des chiffres décents et une présentation honnête on a la meilleure chance d’avoir une réponse positive. Même si la négociation échoue, les clients reviendront avec de nouveaux contrats s’ils ont été satisfaits des procédures. Ou encore mieux, ils propageront une image positive de votre entreprise dans l’industrie, ce qui est plus que primordiale au démarrage.



Se rendre au « pitch »

Ajouté le July 2nd, 2007 dans CG Community, La Compagnie, Travail numérique par Marc Bourbonnais

C’est plutôt curieux de soumissionner pour un contrat alors que sa compagnie n’existe même pas. C’est ce qui est arrivé en fin de semaine dernière. Une première soumission pour un vrai commercial télé, avec une charge de travail assez robuste. J’ai obtenu mon premier contrat de travailleur autonome il y a quelques semaines, mais maintenant c’est un contrat pour une équipe complète. L’offre venait d’Europe. Comment s’est-elle rendue jusqu’ici?

Dans ce domaine, les contacts sont essentiels. Ajoutez à cela les contacts de vos contacts… Les superviseurs et producteurs d’effets numériques sont plus près de vous que vous ne le croyez. Ils vont bien volontiers considérer leurs proches connaissances pour des contrats de travail. Un bouche-à-oreille efficace est suffisant pour faire connaître son projet de démarrage dans la communauté CG. Soudainement on devient un candidat potentiel.

Bien sûr, un « pitch » est un « pitch », sans plus. Dans ce cas-ci, c’est probablement pour faire connaissance, vérifier le fondement et sonder la philosophie d’entreprise (sans oublier pour examiner les prix…). On fait quand même la meilleure démonstration possible, avec un rapport honnête. On le retourne et on attend. Comme je mentionnais à propos des rencontres avec investisseurs, le pire qui peut se produire, c’est de se faire dire « non » avec des explications, des commentaires et même des suggestions. On ne peut en sortir perdant. Et s’ils disent « oui » ou « oui, mais… » alors le futur sera très intéressant…

Je ferai un survol d’une soumission élémentaire au courant de la semaine. La base est relativement simple, mais tout est dans les détails…



Un nouveau blog sur les effets numériques à visiter

Ajouté le June 30th, 2007 dans CG Community, Travail numérique par Marc Bourbonnais

Pour faire changement des démarrages et des incorporations, je devrais parler des effets numériques de temps en temps, non?

Tout nouveau ce mois-ci, le blog « VFXhack » vaut la peine d’être visité. Il est écrit par Andrew Orloff, superviseur VFX chez Zoic Studios à Los Angeles. Le site est en ligne depuis quelques semaines seulement, et la lecture est très intéressante. Voici un extrait de la première entrée, « Welcome to VFXhack » :

What I want to do is an in the trenches, real-life, counter-culture VFX blog. Stuff that’s cool that you might not know about cuz it’s not from the majors. Along with “real” tips from the folks on the ground like you and me.

C’est le moment de cliquer vos signets.



Vision

Ajouté le June 27th, 2007 dans CG Community, La Compagnie, Travail numérique par Marc Bourbonnais

Durant ces dernières semaines j’ai reçu bon nombre de commentaires positifs sur ce blog, par courriel et en personne à propos de cette nouvelle entreprise en devenir. Le commentaire le plus agréable est que les gens considèrent vraiment que je suis un solide professionnel du numérique devenu entrepreneur visionnaire. Je suis très flatté car c’est exactement ce que je veux offrir à la communauté Montréalaise : un environnement novateur, terre à terre, professionnel et durable.

Je ne dis pas que ça n’existe pas dans la région. Il se trouve d’excellentes boîtes de postproduction numérique à Montréal. Mais il y a certainement de la place pour une nouvelle entreprise en effets numérique au cinéma dirigée par des professionnels de l’industrie. Les compagnies de productions qui cherchent à distribuer de plus gros contrats doivent travailler fort pour trouver assez de compagnies d’effets numériques avec de l’expérience en cinéma. Les « VFX supervisors » des États-unis seraient bien heureux de venir à Montréal avec de gros projets de plus de 1 000 plans à effets. Présentement la région ne peut pas accueillir une charge de travail aussi grosse pour le temps d’une seule production.

Ce qu’il faudra faire pour bien mettre sur pied la nouvelle compagnie :

  • Le studio aura une grande superficie. Les clients aiment bien voir que l’espace n’est pas sur-utilisé;
  • Des administrateurs avec plus de 10 ans d’expérience dans le domaine? Les clients aiment ça aussi;
  • Gestion par des professionnels de l’industrie pour des professionnels;
  • Garder d’étroites relations avec cette nouvelle vague d’entrepreneurs en effets numériques à Montréal;
  • En tant que nouveau membre du Visual Effects Society, (merci à Jacques Lévesque et Yanick Wilisky pour l’endossement) je travaillerai à créer un chapitre Montréalais du VES;
  • Philosophie d’entreprise basée sur du long terme. Plus d’espace pour créer un studio de tournage. Théâtre à l’interne pour des visionnements privés. Association avec des écoles de CGI pour des internats. R&D;
  • Soutien technique adapté pour les artistes, ce qui était une bonne partie de mon travail ces dernières années.
  • Ajout: Couverture médiatique, visibilité, exposure. J’ai participé à de nombreuses conférences ces dernières années et je connais très bien l’énorme impact que le bouche à oreille peut avoir. Ce blog est un bon exemple.

Ce sont des observations très sommaires, mais ça donne une idée de la philosophie d’entreprise.



Est-ce le bon moment de démarrer une entreprise d’effets spéciaux?

Ajouté le June 5th, 2007 dans CG Community, La Compagnie, Travail numérique par Marc Bourbonnais

Un article de Variety (Blockbusters take toll on f/x shops par David Cohen) publié la semaine dernière fait tout un tabac sur une multitude de blogs, forums et listes de discussion traitants des effets numériques. Cet excellent article souligne la disparité grandissante entre le temps alloué et la qualité demandée versus les prix payés aux compagnie d’effets numériques. Donc on pourrait croire que le moment n’est pas propice au démarrage d’entreprise dans le domaine, vrai?

Faux.

Jr crois que le moment est idéal, du moins dans mon coin de pays. Bien sûr, je crois qu’il y a un marché potentiel à exploiter. Mais en tentant de trouver des manières inédites de mettre sur pied une toute nouvelle entreprise de postproduction numérique j’ai compris quelques aspects du marché à Montréal :

  • Il est très facile de mettre sur pied le matériel et le logiciel pour faire fonctionner une petite équipe. (C’est beaucoup plus difficile de livrer la marchandise aux clients, mais ça c’est une autre histoire)
  • Comme l’article le mentionne, quelques personnes de talent dans un simple garage peuvent bosser sur un film majeur. L’infrastructure au démarrage peut être minimaliste.
  • Plusieurs entreprise ne prennent pas avantage du marché des pigistes qui est en pleine expansion. J’imagine que l’embauche de permanents doit donner de faux sentiments de sécurité. Mais les salaires sont élevés, et trop souvent j’ai vu l’embauche massive d’employés pour de gros projets devenir un fond de roulement trop lourd à gérer durant les creux de production.
  • Évidemment, le pipeline. Les gens sont bien gentil et bourrés de talent, mais le pipeline fait que les gens arrivent à travailler pour le même but. Le pipeline ne devrait pas alourdir la production, mais plutôt être un guide. Trop souvent j’ai vu des artistes ne pas réaliser l’importance du matériel qu’ils reçoivent pour travailler, et de la quantité de collègues qui sont dépendants de leur résultat. Je sais que la plupart d’entre vous n’aiment pas se soucier du pipeline et de sa gestion. C’est OK. J’ai quelques mois devant moi pour me pencher sur le sujet pour que n’ayez pas à le faire.
  • Avec mes 10 ans d’expérience en 3D, je me rappellerai toujours le travail et les dernières limites. Je n’ai pas le titre de MBA ou un diplôme en comptabilité, mais j’ai déjà regardé des séries d’images en cours de rendu à 4 heures du matin. Plus d’une fois. Il est important de connaître les rouages du plancher de la production.

Et la meilleure raison pour démarrer un entreprise : J’ai le goût de bâtir quelques chose. Je me permets de vous rappeler que j’ai quitté un très bon emploi bien payé pour cette galère. J’y suis pour y rester.



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